Petite bibliographie Saint-Simonienne
Il n'y a pas qu'Internet dans la vie! Si un site tel que celui-ci
permet de retrouver rapidement tel ou tel passage du texte, et,
le cas échéant, d'exporter un chapitre en PDF pour l'impression,
il est plus confortable, pour lire sous un arbre ou près du feu,
d'utiliser un vrai livre. En voici quelques-uns.
Cette bibliographie n'est absolument pas exhaustive, ni de près, ni
de loin: les éditions des Mémoires et les livres qui en parlent pourraient
remplir plusieurs bibliothèques; nous proposons ici une petite sélection
de livres que nous avons lus et que nous recommandons.
Note: en cliquant sur les couvertures des livres, on est dirigé vers le
libraire en ligne Amazon.fr.
Éditions des Mémoires
Avant de parler de Saint-Simon, il vaut mieux lui laisser la parole.
L'édition de référence des Mémoires est la dernière édition Pléiade,
parue entre 1983 et 2000 sous la direction d'Yves Coirault et qui comprend
7 volumes de Mémoires et un volume de textes divers.
De nombreux spécialistes gardent un faible pour l'édition de Boislile,
parue entre 1879 et 1928 (43 volumes), malheureusement désormais introuvable.
L'édition Coirault existe également en poche (Folio): c'est une sélection
d'extraits en deux volumes, pour un prix évidemment très inférieur à
l'édition Pléiade.
À qui voudrait faire connaissance avec le texte des Mémoires, sans pour autant
investir dans la collection complète, on signale le petit volume d'extraits
sélectionnés par D. de Garidel, chez Flammarion; cette édition comprend une
présentation et un dossier assez bien faits.
Il existe d'autres éditions des Mémoires, soit épuisées, soit de peu d'intérêt
(par exemple, la réédition en 20 volumes par Jean de Bonnot de l'édition Chéruel,
dans les années 60) qu'on ne juge pas utile de signaler ici; il existe par ailleurs
d'autres textes de Saint-Simon que les Mémoires, mais qui sont plutôt de nature
à intéresser les spécialistes, et qu'à ce titre nous omettons de présenter.
À propos des Mémoires
On veut signaler trois livres parlant des Mémoires qui nous semblent dignes d'intérêt.
Le premier est livre assez court (150 pages de texte) paru en 1994, écrit par une
jeune femme "de trente ans" qui s'est immergée un an durant dans les Mémoires. Son
témoignage - on pourrait parler de reportage - est fascinant car il donne l'impression
d'avoir tout perçu, tout compris de Saint-Simon, ce grand seigneur qui s'est soudain
acharné pendant les dix dernières années de sa vie, à raconter ce qu'il avait vu ou cru
voir à la cour du roi Soleil. Le style en est parfois un peu rugueux, âpre, cahotique,
mais doit-on demander aux commentateurs d'égaler les maîtres?
Le livre suivant est lui aussi un livre d'impressions, toutes personnelles, qu'a inspirées
à José Cabanis la lecture des Mémoires; mais il est différent du précédent en ceci qu'il
est bien mieux écrit, et, à notre avis, bien moins profond.
Si le point de vue de Cécile Guilbert est celui du lecteur d'aujourd'hui, José Cabanis se
replace pour ainsi dire au coeur du XVIIIe siècle, ou plus exactement, hors du monde mais
en sympathie avec les personnages. C'est moins une réflexion sur Saint-Simon qu'une
promenade dans les jardins de Versailles: on passe un très bon moment, mais à la fin on
n'est pas bouleversé, d'autant que toute la deuxième partie du livre essaie de faire de
Saint-Simon un saint, un moine en quête de monastère (que ne s'est-il retiré pour de bon
à la Trappe?). C'est là lui faire trop d'honneur, ou trop peu.
Pourquoi alors citer ce livre? Nous l'avons dit: il replace le lecteur dans l'époque, il
est très agréable à lire. On conviendra que ce n'est pas si fréquent qu'on doive s'en moquer.
Le dernier livre de cette courte sélection est le plus étonnant: oeuvre d'un philosophe belge,
il essaie de cerner la personnalité de Saint-Simon, de faire son portrait psychologique et
psychanalytique, et nous livre des réflexions perçantes et très éclairantes. Il remarque par
exemple que les émotions éprouvées par Saint-Simon pendant le lit de justice du 26 août 1718
sont rien moins que spirituelles, qu'il nous livre plutôt une description clinique de l'orgasme,
et que c'est bien mal à propos qu'il s'exclame fameusement: "Que les plaisirs des sens sont
inférieurs à ceux de l'esprit!"
(Cette bibliographie sera complétée ultérieurement).